Lui, c'est un caméléon. Il bouge lentement, il change de couleur, tout le monde le sait. Mais sa langue, elle, c'est l'un des trucs les plus rapides du monde animal, un truc de fada. Pas un muscle : une catapulte. Aujourd'hui, on la démonte.

D'abord, l'os. Au fond de la bouche, une tige d'os pointue, l'hyoïde, comme un rail. La langue est enfilée dessus, comme un manchon. Dans ce manchon, deux étages : au centre, des gaines de collagène, pliées comme des ressorts. Et autour, le muscle accélérateur, un tube de muscle.

Le caméléon vise. Le muscle se contracte : il serre la tige d'os et glisse vers la pointe. En glissant, il étire les gaines de collagène : il bande le ressort. Et quand le muscle passe le bout de la tige, plus rien ne le retient. Les gaines se détendent d'un coup, et la langue est éjectée. Comme un noyau de cerise qu'on presse entre les doigts.

Résultat : bonne mère, jusqu'à deux cent soixante-quatre fois la gravité chez les petites espèces. Une puissance qu'aucun muscle ne peut fournir seul. Et comme c'est un ressort, ça marche presque aussi bien le matin, quand il fait froid et que ses muscles sont lents.

Au bout, la mouche. Pas de crochet, pas de ventouse : une pastille couverte d'un mucus quatre cents fois plus visqueux que notre salive. Ça colle, et le muscle rétracteur ramène tout dans la bouche. Elle n'a rien vu venir.

Sources

de Groot & van Leeuwen, Proc. R. Soc. B 2004 (mécanisme élastique) ; Anderson, Sci. Rep. 2016 (264 g, 2,5 longueurs de corps) ; Anderson & Deban, PNAS 2010 (performance au froid) ; Brau et al., Nature Physics 2016 (mucus et adhésion visqueuse).

Vidéos : caméléon panthère, Matthias Kabel, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 ; caméléon casqué, Helmut Rec, Wikimedia Commons, CC BY 2.0.