L'homme le plus puissant du monde se répétait chaque matin : aujourd'hui, je vais croiser des menteurs, des ingrats et des violents. Et ça le rendait plus serein. Marc Aurèle, empereur de Rome. Sa méthode a deux mille ans, et les psys l'utilisent encore : le stoïcisme.
D'abord, la règle numéro un. Épictète, né esclave, boiteux, devenu le prof des riches de Rome, la résume en une phrase : il y a ce qui dépend de toi, et ce qui n'en dépend pas. Tes jugements, tes choix, tes actes : à toi. Ton corps, ta réputation, les autres, la pluie, la mort : pas à toi. Et tout ton malheur vient de vouloir tenir la deuxième colonne.
Ensuite, le jugement. Ce ne sont pas les choses qui te troublent, c'est ce que tu en penses. Quelqu'un t'insulte : l'insulte, c'est du son. La blessure, c'est ton jugement, et lui, il t'appartient.
Puis, l'entraînement. Chaque matin, Marc Aurèle imaginait le pire : la trahison, la maladie, la perte. Si ça arrive, il est prêt. Si ça n'arrive pas, il savoure. Sénèque le disait : nous souffrons plus souvent en imagination qu'en réalité.
Et la mort ? Tu peux quitter la vie à l'instant, écrit l'empereur. Que ça règle ce que tu fais et ce que tu dis. Pas morbide : urgent.
Aujourd'hui, la thérapie cognitive, la plus testée des psychothérapies, repose exactement sur l'idée d'Épictète. Stoïque, ça ne veut pas dire sans émotion. Ça veut dire : pas gouverné par elles.
Sources
Marc Aurèle, Pensées pour moi-même (II, 1 ; II, 11) ; Épictète, Manuel (1 et 5) ; Sénèque, Lettres à Lucilius (13) ; Beck, Cognitive Therapy and the Emotional Disorders, 1976 (la TCC se réclame d'Épictète) ; Hofmann et al., Cognitive Therapy and Research 2012 (efficacité de la TCC, méta-analyse).
Photos et vidéos : Wikimedia Commons, domaine public, CC0, CC BY 3.0, CC BY 4.0, CC BY-SA 3.0 et 4.0 (Ancient Rome Live, Marie-Lan Nguyen, Wilfredor, Alvesgaspar, Nicholas Hartmann, Julian Lupyan, Calidius, Mark Landon).