Cette seiche change de couleur en moins d'une seconde, et elle ne voit pas les couleurs. Sa peau est un écran à trois couches, piloté par le cerveau. On le démonte.
D'abord, le pixel. Dans la peau, des millions de petits sacs élastiques remplis de pigment : les chromatophores. Jaunes, orange, bruns. Chaque sac est tiré par une quinzaine de muscles disposés en étoile, et chaque muscle a son nerf, qui vient directement du cerveau.
Le cerveau donne l'ordre : les muscles se contractent, le sac s'étale, et la tache de couleur devient plusieurs fois plus grande. L'ordre s'arrête : le sac élastique se rétracte tout seul. Pas d'hormone, pas de chimie lente : du muscle et du nerf. C'est pour ça que c'est si rapide : une fraction de seconde, comme un clignement.
Et dessous, deux autres couches. Des cellules miroirs, les iridophores, qui renvoient le bleu et le vert, comme une bulle de savon. Et tout au fond, des cellules blanches, les leucophores, qui renvoient toute la lumière. Trois couches superposées : pigments dessus, miroirs au milieu, blanc dessous. En ouvrant ou en fermant les sacs, la seiche règle ce qu'on voit de chaque couche. Un écran à trois couches, piloté par le cerveau, à la vole.
Sources
Messenger, Biological Reviews 2001 (chromatophores : neurobiologie) ; Reiter et al., Nature 2018 (contrôle des motifs de la peau chez la seiche) ; Suzuki et al., PLoS ONE 2011 (activité des chromatophores, vidéos CC BY).
Vidéos et photos : Wikimedia Commons, CC BY 2.0, CC BY 4.0, CC BY-SA 4.0.